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Monsieur le Président,
Mesdames, messieurs les conseillers régionaux,
Comme vous le savez, en politique, comme dans la vie, il y a les discours et il y a les actes. Ces derniers parlent souvent d’eux-mêmes.
Voyons donc les faits : le 26 Janvier dernier, vous vous êtes rendu à une conférence de presse avec le Ministre de la Ville, Maurice Leroy pour présenter aux francilien-nes, un nouveau grand projet baptisé Grand Paris Express. Ce projet annoncé à grand renfort de communication comme une grande nouveauté a pourtant des allures connues pour nombre de franciliens.
Son idée a germé dans l'esprit d'un grand commis de l'Etat, qui restera désormais plus connu dans l'histoire de la République pour ses cigares que pour ses idées, le dénommé Christian Blanc. Son projet « le Grand Paris » était devenu le grand projet présidentiel. Fidèle aux traditions de ces prédécesseurs, Nicolas Sarkozy souhaitait à son tour laisser « sa trace ».
Pendant des mois et jusque dans cet hémicycle, des milliers de citoyens et d'élus locaux se sont mobilisés contre ce projet. Ils avaient d'ailleurs trouvé un porte-parole déterminé. En Septembre 2009, ce porte-parole disait du Grand Paris : « C'est un projet très réducteur et extrêmement recentralisateur ».
Alors que se créait la Société du Grand Paris, il dénonça ainsi cette nouvelle gouvernance : « Il y aura ainsi des technocrates de l'Elysée qui dessineront des projets sans aucun rapport avec la réalité » Mais il ne s'arrêtait pas à quelques considérants idéologiques.
En fin connaisseur de l'Ile-de-France, il annonçait « ce projet ne verra pas le jour avant 2035. Cet argent dépensé dans cet espèce de Grand 8 n'a aucun rapport avec les besoins en transport des habitants »
Au lendemain des élections qui nous ont tous amenés sur ces bancs, il affirma d'un ton grave « Le gouvernement veut imposer de force un projet inique. Les électeurs ont voté massivement contre, le maintenir serait un déni de démocratie »
Les semaines qui suivirent, il ne fut pourtant pas plus tendre :
« Aberration économique et sociale » en Avril,
« Fait du prince » en Mai,
et « reprise en main autoritaire par des instances non-élues de l'Ile-de-France » en Juin.
Ce porte-parole résolu, déterminé, engagé et combatif, y compris contre certains de ses amis qui l'invitaient à plus de mesure, a un nom, il s'appelle Jean-Paul Huchon.
Oui, c'est vous, M. Le Président, qui avez mené durant deux ans une telle campagne d'opposition, pour nous inviter aujourd'hui à ratifier ce projet. Deux ans d’opposition ferme et résolue pour quel résultat ? Nous inviter aujourd’hui à « faire avec ». Etrange !
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Le groupe Europe Ecologie – Les Verts – tout au long de cette période y compris pendant la campagne il y a un an – n’a quant à lui cessé de défendre une position constructive, refusant de faire des franciliennes et des franciliens les otages d’un duel.
Nous avons, dès le début, proposé de rechercher les conditions d’un compromis juste et exigeant, car c’était et cela reste l’intérêt des franciliens. Nous avions fixé trois conditions à cet accord exigeant : Urgence tout d'abord ; proximité ensuite ; démocratie enfin. Ces conditions ne sont aujourd’hui pas réunies.Les débats publics nous ont donné raison.
Les chiffres montrent une dégradation de la situation en 2010 : l'urgence pour les franciliens, c'est l'amélioration des métros, des RER, des bus, tout de suite. Toutes celles et ceux qui se lèvent le matin pour prendre le RER, savent combien il est pénible de ne pas pouvoir entrer dedans, ou d'y être entassé, de subir des délais d'attentes interminables. Ils savent combien cette situation s'est dégradée au cours des dernières années, faute d'un investissement suffisant dans les transports en commun.
Et donc que répondre à l’urgence, c’est d’abord y consacrer l’argent nécessaire. C’est un député UMP, Gilles Carrez, qui avait fait les seules propositions de compromis acceptable pour la région qui permettent à la fois de répondre à l’urgence et de financer une rocade de banlieue à banlieue. Ses propositions ont pourtant été abandonnées et ne seront étudiées au mieux qu’en 2013, une fois que ce gouvernement que j’espère congédié, ne sera plus engagé par ses promesses de polichinelle.
En somme, vous dites aux franciliens : Parions sur le fait que l'Etat tiendra ses engagements ! Mais que fait-il aujourd'hui l'Etat ? N'avez-vous pas vous même engagé il y a quelques semaines un recours pour dénoncer les manquements répétés à ses dotations depuis 2004 ? Qu'est ce qui vous permet de croire que vous pourrez lui faire plus confiance demain, alors qu'il ne tient pas parole aujourd'hui ? En somme on nous promet de résoudre dans vingt ans, les urgences auxquelles on n’a pas apporté de solution jusqu’à aujourd’hui ! Les écologistes refusent cette poudre aux yeux des franciliens.
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Après l’urgence, la deuxième des conditions, c’est la proximité. Le réseau francilien doit être maillé et densifié. C’est à dire permettre au plus grand nombre de franciliens d’être desservi au plus près de chez lui. Cette promesse d’une desserte exigeante et de qualité a pourtant fondu comme neige au soleil : l’accord que vous avez signé ne comptera qu’une quarantaine de gares, alors que ce sont au moins 60 gares qui seront nécessaires. Ainsi demain, plus de la moitié des franciliens seront des oubliés du Grand Paris et seront condamnés à regarder passer les trains sans avoir la possibilité d’y monter. Mais comme toutes les promesses d’un jour, elle ne va pas s’accompagner de doux rêves, aussi vite promis qu’oubliés.
Un nouvel objet a été inventé: les gares optionnelles. Chevilly, Clamart, Bois Colombes, Saint-Maur, et bien d’autres, tels sont les territoires qui n’existent que sous forme de gares fantômes. Elles ne sont ni envisagées, ni financées. Vous vous êtes contentés de les dessiner sur une carte en croyant que cela ferait illusion.
Certains verront pourtant le Grand Paris Express de plus près. Malheureusement, c ‘est ceux qui n’en veulent pas. Eux ont aussi ont étés bernés par votre accord. Ce sont les habitants, ce sont les paysans du Plateau de Saclay, ceux qui vivent à proximité des meilleures terres agricoles d’Ile-de-France.
Peu importe que les élus locaux se soient unanimement mobilisés contre le projet !
Peu importe que le débat public ait été sans appel !
Peu importe que le chantier sur ce territoire, ne soit rien de plus qu’un caprice présidentiel habilement relayé par Mme Pécresse, et qui organise le déménagement du service public de l’éducation en Ile-de-France !
Vous avez certes acté votre désaccord avec Maurice Leroy. Mais cela n’a engagé que vous, car dès les jours suivants, lui n’a pas hésité à dire qu’un métro lourd sur le Plateau de Saclay demeurait sa priorité.
En somme, cette parabole résume bien votre accord. Lorsque la Région sert les intérêts de l’Etat, il est à ses côtés, et lorsque nous défendons nos propres positions, il est contre nous !
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Alors, Monsieur le Président, dans tout cette histoire un détail m’a pourtant frappé : il y a de grands absents. Les grands absents de votre accord, ce sont tout simplement les citoyens d’Ile-de-France.
Où étaient ils les citoyens pendant que vous signiez avec M. Leroy ? En train de débattre et de participer au plus grand débat public jamais organisé en France. Nous aurons le temps d’en rediscuter, mais vous savez très bien ce que diront ces débats publics : qu’il faut d’abord répondre à l’urgence et qu’il faut un réseau de proximité. C’est dommage d’être passé aussi facilement à côté de cet exercice démocratique pourtant essentiel.
C’est dommage, mais ça ne sera malheureusement pas la seule fois. Car s'ils n’ont pas eu leur mot à dire cette fois, c’est tout simplement qu’ils n’auront plus leur mot à dire.
Vous avez décidé que ce ne seront plus les élus locaux qui auront en charge les transports publics en Ile-de-France. Vous aviez confié les clés de nos transports à un nouveau mastodonte étatique, surnommé la Société du Grand Paris, présidé par un copain du Président, M. André Santini, et dirigé par rien de moins que l’ancien directeur de cabinet de M. Blanc. C’est logique que revienne à César, ce qui est à César ! C’est regrettable parce que c’était bien l’une des victoires de la région, de montrer qu’elle était mieux capable que l’Etat pour transformer les transports franciliens.
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Monsieur le Président, vous avez l’habitude depuis plusieurs mois de me considérer comme jugeant trop en principe et de trop croire en mes idées. Alors tout en gardant cette conviction ici, je vais pourtant tâcher d’être pragmatique.
Pragmatique, je l’ai été à vos côtés en vous suggérant de prendre le temps d’aller plus loin, en vous disant que si vous pouviez avoir raison de vouloir un accord, il faudrait que cet accord soit garanti, exigeant et transparent. Il n’est rien de tout ça.
Pragmatique, je le suis aujourd’hui avec tous les élus du groupe Europe Ecologie – Les Verts. C’est parce que nous prenons chaque jour les transports en commun que nous savons combien il urgent d’apporter des solutions maintenant et pas des mirages dans vingt ans.
Mais nous savons aussi être responsables. C’est la responsabilité qui m’oblige à vous dire qu’il n’y a rien de plus grave que de faire une fausse promesse qui s’effondrera dans quelques années pour les transports en commun, pour se contenter du confort d’un affichage public de quelques jours.
Pragmatique, nous le serons demain et dans les mois qui suivront. Lorsque vous serez lassés de vos alliés de circonstances, vous pourrez retrouver avec les écologistes des partenaires d’une majorité fiable pour agir pour des transports rénovés maintenant et pour une tarification juste et solidaire.
Nous agirons pour que le T4 arrive tout de suite à Clichy-Sous-Bois et qu’un réseau de tramway digne de ce nom mette en lien l’Île-de-France
Nous agirons pour que des bus à hauts niveaux de services relient rapidement les banlieues entre elles.
Nous continuerons d’exiger la rénovation rapide des RER, notamment le C et le D, d’où les usagers pâtissent gravement de retard.
Pragmatique, je vous propose de l’être à deux. Pour que dès les semaines qui viennent nous soyons capable de réunir tous les élus qui veulent inventer et innover en Ile-de-France, pour penser la métropole de demain et ne pas laisser penser que celle-ci se résumera à un projet de transport. Ne laissons pas au gouvernement le monopole de l’invention verbeuse et remettons ensemble l’imagination au pouvoir. Pour que le Grand Paris solidaire ne reste pas historiquement à quai, je suis convaincue qu’il n’est pas trop tard pour faire d’une métropole égalitaire, solidaire et durable l’avenir de l’Ile-de-France.
Construisons ensemble cette métropole solidaire, avec une véritable solidarité fiscale entre les territoires, qui garantisse l’égalité territoriale, qui permette qu’on vive aussi bien en Seine-Saint Denis que dans les Hauts-de-Seine. Une métropole qui peut réfléchir à l’avenir d’un événement comme Roland Garos à l’échelle de la métropole sans organiser une concurrence malsaine entre les territoires.
Imaginons dès demain une métropole durable qui n’oppose pas la ville et la nature.
Organisons l’unité du territoire en mettant en place ensemble une tarification unique des transports, comme véritable politique d’appartenance des franciliens à un seul et même territoire.
Faisons mentir l’idée que seule une Société du Grand Paris technocratique aura la main sur notre territoire et construisons demain une gouvernance démocratique pour la métropole, en édifiant une zone de coopération renforcée entre les territoires, qui associe la Région Ile-de-France, avec les conseils généraux, les grandes intercommunalités.
Il y a eu de nombreux travaux, de nombreuses réflexions et de nombreuses idées, élaborées au cours des dernières années, je ne citerais pas ici l’ensemble des propositions faites par la Commission Planchou. Depuis plusieurs mois, trop occupé à ferrayer contre l’idée métropolitaine, vous avez laissé en plan ce chantier. Il n’est pourtant pas trop tard pour s’y atteler. Il existe donc aujourd‘hui, avec le gouvernement, un protocole à la portée juridique incertaine..
Il est maintenant temps de répondre aux attentes des citoyens.
Egalité, Démocratie, Solidarité, Environnement, il est encore possible que la métropole réponde aux aspirations des électeurs de gauche et écologistes qui nous ont portés sur ces bancs. Il nous faudra pour cela la construire ensemble. C’est la tâche à laquelle notre groupe s’attellera dans les semaines et les mois qui viennent avec la même détermination que celle qui était la nôtre pour vous dire que c’était une erreur de faire un pari sans garanties.
Puisque l’ouvrage sera de fait remis sur le métier, créons un véritable comité de suivi du projet qui permettra notamment de valider un phasage de celui ci et de ne pas fêter dans 10 ans, jours pour jours, la pose du premier rail d’ORBIVAL qui n’aura jamais vu le deuxième.
Vous souhaitez que l’Arc Sud soit lancé car les études sont prêtes, mais vous ne pouvez en être certain parce que c’est la SGP qui décide. « Nous devons travailler à la continuité de cet accord » : vous l’avez dit également ; permettez moi de vous dire alors à ce moment que vous compterez vos amis. Quand un nouveau remaniement sera passé, et que Monsieur Lafon aura de façon totalement non politicienne expliqué qu’il faut davantage de ministres centristes, sans doute que ce sera comme dans « Dom Quichotte » : c’est après avoir cessé de persévérer, après avoir pris des auberges pour des châteaux enchantés, les paysannes pour des princesses et les moulins à vent pour des géants… c’est avec les siens qu’il retrouva la raison et la sagesse.
Je vous remercie,
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